Xavier Danaud : quand Jourdan rachète l’un de ses rivaux

Chaussures Xavier Danaud

Ci dessus : usine Xavier Danaud à Annonay

La marque Xavier Danaud, implantée à Annonay, est née d’une manœuvre stratégique du groupe Charles Jourdan dans les années 1970.
D’abord concurrente, l’entreprise Dano est absorbée par le groupe afin d’éteindre une menace créative et de renforcer sa présence dans le secteur de la chaussure féminine.

Dano : une marque indépendante au savoir-faire reconnu

Dans les années 1950, Fernand Duchier fonde à Annonay une manufacture de chaussures pour femmes, baptisée Dano.
L’entreprise séduit par la qualité de ses modèles… mais suscite aussi des tensions : elle s’inspire fortement des créations de Charles Jourdan, fleuron de Romans-sur-Isère.

Acquisition par Charles Jourdan : une stratégie d’élimination

Au début des années 1970, les frères Jourdan lancent une offre publique d’achat sur Dano, dans le but de neutraliser cette concurrence.
Après avoir acquis 50 % du capital, ils rachètent les parts restantes suite au décès brutal de Fernand Duchier.
La société passe ainsi sous le contrôle total de Charles Jourdan, et devient une filiale opérationnelle du groupe.

De Dano à Danaud : repositionnement et innovation

Initialement dirigée par Claude Jourdan, l’entreprise connaît des débuts hésitants. Jacques Lacquemann, directeur commercial du groupe, est alors envoyé à Annonay pour prendre la direction et repositionner la société, rebaptisée Danaud.

Sous l’impulsion de Genesco, actionnaire américain de Charles Jourdan, l’usine adopte une technologie innovante : le splitting, procédé de refente des peaux permettant de séparer la pleine fleur (chaussure haut de gamme) de la croûte (maroquinerie).

Naissance de la marque Xavier Danaud

En 1971, Robert Clergerie est nommé directeur du site. Il insuffle une nouvelle dynamique et choisit de renommer la marque Xavier Danaud, d’après le prénom de son fils, afin de lui donner une identité élégante et personnelle, à l’image de Pierre Cardin ou Yves Saint Laurent.

Le style Danaud, imaginé au bureau de style de Romans, vise un positionnement plus accessible que Charles Jourdan, tout en conservant raffinement et originalité. L’usine d’Annonay, à la pointe de la modernité, emploie alors 800 personnes pour une production de 1 000 paires par jour.

Déclin et fermeture

Après quatre années à la tête de l’entreprise, Robert Clergerie quitte ses fonctions. Il est remplacé par M. Monchablon, mais l’entreprise entre en turbulence.
Confrontée à des difficultés économiques croissantes, elle doit se séparer de 500 employés, avant de fermer définitivement ses portes quelques années plus tard.

Photos ateliers année 1982 © jc Rey-Robert