L’entreprise Stéphane Kélian a incarné, pendant près de trois décennies, l’excellence française en matière de chaussures haut de gamme.
De ses origines familiales à Romans-sur-Isère jusqu’à son apogée internationale, cette marque est restée profondément liée à l’histoire industrielle et humaine de la Drôme.
Aux origines : la famille Keloglanian, de l’exil à la création
Tout commence en 1925, avec l’arrivée en France de Manuel Keloglanian, réfugié arménien. En 1960, ses fils Georges et Gérard fondent un atelier de chaussures tressées pour hommes à Romans. La croissance est rapide, et l’entreprise déménage à Bourg-de-Péage en 1970.
En 1975, le cadet Stéphane Kélian rejoint l’entreprise familiale et donne une nouvelle orientation stratégique : viser le haut de gamme féminin et bâtir une véritable marque.
La naissance d’une marque emblématique
Dès 1977, la première collection pour femmes, signée Stéphane Kélian, rencontre un vif succès. Un an plus tard, une boutique ouvre à Paris, marquant le début d’un développement national et international.
L’entreprise séduit par sa technique unique de tressage du cuir, son studio de création dynamique et ses campagnes de communication novatrices.
En 1979, le succès est tel qu’une deuxième usine est construite à Bourg-de-Péage. La production atteint 250 000 paires par an en 1984.
Le luxe à la française en pleine expansion
L’entreprise multiplie les collaborations prestigieuses, notamment avec Jean-Paul Gaultier et Claude Montana, et entre en Bourse en 1985, favorisant son expansion internationale (New York, showroom aux États-Unis).
À son apogée, en 1990, Stéphane Kélian emploie 700 salariés. Sa marque devient un symbole de la chaussure de luxe française, alliant tradition, innovation et élégance.
La diversification avec Mosquito
En 1988, le groupe lance la marque Mosquito, orientée vers une mode féminine accessible mais tendance, qui devient rapidement incontournable sur le marché français du moyen/haut de gamme.
Les difficultés de la mondialisation
Dès le milieu des années 1990, face à une mondialisation croissante et aux coûts de production élevés en France, Stéphane Kélian cherche un adossement à un grand groupe de luxe. En l’absence de solution viable, il vend une partie de ses actions et démissionne en conservant un rôle créatif et commercial.
Malheureusement, la nouvelle direction, issue du monde financier, ne parvient pas à maintenir l’équilibre. En 2002, l’entreprise est placée en redressement judiciaire, déclenchant une mobilisation locale massive à Romans et Bourg-de-Péage.
La chute d’une maison, le démantèlement d’un savoir-faire
En décembre 2002, le tribunal de commerce choisit le groupe Francesco Smalto (Alliance Designers) comme repreneur, avec promesse de préserver 387 emplois.
Mais les engagements ne tiennent pas. L’entreprise est démantelée, la marque vendue, et l’usine fermée en août 2005.
Une enquête judiciaire révèle des fautes de gestion ; Alain Duménil est condamné en 2012 pour complicité de banqueroute.
Gérard Keloglanian, cofondateur historique, reste convaincu que la reprise interne aurait pu sauver l’entreprise.
Une tentative de renaissance avortée
En 2007, le Groupe Royer rachète la marque Stéphane Kélian et tente de la relancer avec une production externalisée.
Mais le lien avec Romans est rompu, et la marque tombe peu à peu dans l’oubli, malgré son héritage prestigieux.