Histoire de la société Astra, entreprise de chaussure à Romans
La société Astra a été l’une des entreprises de la chaussure qui ont contribué au rayonnement de la ville de Romans-sur-Isère.
Romans-sur-Isère a acquis une notoriété en tant que capitale de la chaussure, un statut dont les origines remontent loin dans le temps. Si c’est surtout au XXᵉme siècle que Romans s’est imposée dans la fabrication de chaussures, son histoire remonte au Moyen Âge. Alors que la ville était principalement réputée pour la draperie, l’abondance de ressources locales — élevage d’animaux pour le cuir, présence d’écorce pour le tannage et une main-d’œuvre qualifiée — a permis le développement d’une fabrication artisanale de chaussures, progressivement industrialisée à partir du XIXᵉme siècle.
Auguste Fréchet, qui travaillait le cuir en tant que bourrelier, constatant le déclin de son activité, se tourne dès 1936 vers la fabrication de chaussures. Ses deux fils poursuivent l’activité : l’aîné, Henri, crée la société Astra, installée rue Turpin à Romans-sur-Isère. Son cadet, André, rejoint l’entreprise après une école de commerce et prend en charge la partie commerciale.
Au départ, l’entreprise Astra fabrique des chaussures pour homme, notamment des mocassins cousus main, des derbys, des richelieus et des modèles tressés, se positionnant sur le segment haut de gamme.
À partir des années 1970, sous l’impulsion du couturier Guy Paulin, qui sollicite l’entreprise pour ses défilés de mode, Astra développe une gamme de chaussures de ville pour femme, d’un style élégant, épuré et décontracté. Reconnues comme des modèles haut de gamme en France et aux Pays-Bas, elles sont vendues principalement sous les marques Heaston et Manfield et font l’objet de nombreuses parutions dans les magazines de mode tels que Marie Claire et Femme d’aujourd’hui.
Suite à cette collaboration, deux nouveaux stylistes, Pierre Gonzalez et Francesco Tosi, intègrent bientôt l’entreprise pour réaliser une gamme de chaussures pour femmes, confortables et orientées sport. Astra propose également des modèles élégants de mocassins et de bottines en cuir de qualité pour hommes et femmes, dans un style classique et intemporel.
Romans était alors une ville ouverte et dynamique, attirant de nombreuses personnes sans emploi qui se formaient pour travailler dans l’industrie de la chaussure. La réussite est au rendez-vous : l’entreprise Astra compte jusqu’à 300 employés et produit 350 paires par jour, hommes et femmes confondus.
À partir des années 1980, l’entreprise connaît toutefois un déclin. La concurrence devient plus rude. Alors que de nombreux ouvriers du secteur travaillaient 41 heures avant 1981 et étaient parfois payés à la pièce, l’arrivée au pouvoir des socialistes avec l’élection de François Mitterrand s’accompagne de réformes sociales importantes (hausse du SMIC, semaine de 39 heures, cinquième semaine de congés payés…), impactant directement le coût du travail en France. Pour les bas salaires, la hausse représente environ 14 à 15 %.
En 1983, l’entreprise subit une mauvaise saison d’hiver : les températures trop douces ne permettent pas d’écouler la production de bottes. Les détaillants retournent les invendus sous divers prétextes, et obligent l’entreprise qui est en manque de trésorerie à déposer le bilan. Les ouvriers occupent l’usine mais aucun repreneur ne se présente.
L’entreprise ferme définitivement en 1985. De nombreux salariés en fin de carrière restent au chômage, tandis que les autres sont contraints de se reconvertir.
Bientôt, la concurrence des pays voisins — Espagne, Italie et surtout Portugal — avec des coûts de main-d’œuvre inférieurs, porte un coup fatal à l’industrie de la chaussure à Romans. Seules quelques entreprises comme Stéphane Kélian, Charles Jourdan et Robert Clergerie, dont l’essentiel de la production est destinée à l’exportation, résistent temporairement avant de cesser à leur tour leurs activités au début des années 2000.
André Fréchet, dernier dirigeant de l’entreprise Astra, est décédé le 14 janvier 2011.